France Daigle : De Montréal à Madagascar, elle pourchasse la fièvre typhoïde

France Daigle dans son bureau au pavillon Roger-Gaudry

France Daigle, professeure titulaire  

Affiliation principale

Département de microbiologie, infectiologie et immunologie 

Lieu de travail

Pavillon Roger-Gaudry 

Disciplines de recherche

Facteurs de virulence de la bactérie pathogène Salmonella typhi. 

« Entrez à vos risques et périls »

Voilà l’écriteau qui décore la porte du laboratoire de France Daigle, professeure titulaire au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie, et récipiendaire d’une prestigieuse subvention Grand Challenges Explorations 2019 de la Fondation Bill & Melinda Gates.

Si l’affiche se veut humoristique, il reste que madame Daigle et son équipe étudient Salmonella enterica, sérotype Typhi, la bactérie particulièrement virulente à l’origine de la fièvre typhoïde. Avec 11 à 20 millions d’infections et 128 000 à 161 000 décès par année, cette maladie infectieuse est, aujourd’hui encore, un enjeu de santé publique. Comme elle se transmet par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, elle est particulièrement courante dans les pays en voie de développement, où les conditions de salubrité et d’hygiène sont déficientes.

Il y a 20 ans, la S. typhi était très peu étudiée. Les chercheurs se concentraient davantage sur la Salmonella typhimurium, le pathogène derrière la salmonellose, cette infection touchant les intestins et associée aux aliments contaminés, notamment le poulet et les œufs. « À cette époque, la S. typhi était peu connue, se rappelle madame Daigle. Ça me fascinait de savoir qu’il y a deux types de Salmonella, de la même espèce, génétiquement apparentées, toutes deux retrouvées chez l’humain, mais dont les conséquences sont complètement différentes. »

Passionnée par les bactéries et les interactions entre celles-ci et leurs hôtes depuis son baccalauréat en sciences biologiques à l’Université de Montréal, France Daigle réalise ensuite une maîtrise et un doctorat sur le sujet, toujours à l’UdeM, mais cette fois-ci à la Faculté de médecine vétérinaire.

Puis, elle complète un premier stage postdoctoral à l’École nationale vétérinaire de Toulouse pour étudier des souches pathogènes animales, et un second stage à l’Université Washington à Saint-Louis, où elle développe son expertise sur la salmonelle.

Forte d’un bagage en santé animale et en santé publique, elle fonde ensuite son laboratoire à l’Université de Montréal. Son but : étudier les facteurs de virulence de la bactérie pathogène Salmonella typhi dans l’espoir de mieux comprendre les mécanismes par lesquels elle cause des maladies chez l’humain.

Pour ce faire, la chercheuse et son équipe « dissèquent le génome » de la S. typhi afin d’identifier les gènes indispensables à sa survie et ceux responsables de son pouvoir pathogène. « Notre laboratoire se concentre sur la compréhension des bases moléculaires de la spécificité d’hôte de Salmonella typhi. Éventuellement, quand nous comprendrons précisément quels gènes sont essentiels à sa survie, nous pourrons essayer de produire des souches atténuées (dont la capacité de nuire à l’humain est réduite) qui pourraient servir de vaccin contre l’infection.  »

C’est d’ailleurs motivée par cette perspective que France Daigle se rendra à Madagascar, à la recherche de souches de la S. typhi. « Comme nous n’avons pas de niche environnementale pour cette bactérie au Canada, nous allons dans les zones endémiques pour savoir où elle se cache et faire des prélèvements. »

Pour cette mission, France Daigle s’est associée à des partenaires des universités australiennes de Sydney et d’Edith-Cowan, et du Quadram Institute, au Royaume-Uni. La chercheuse sera chargée d’évaluer la survie de la bactérie dans l’eau, puisque cette dernière infecte l’hôte par ingestion, avant de se multiplier et de passer dans la circulation sanguine.

De nature fondamentale, la recherche de France Daigle prend tout son sens à l’heure actuelle où la résistance aux antibiotiques progresse de manière inquiétante. Cette antibiorésistance facilite la propagation de la typhoïde au sein des villes surpeuplées où les systèmes d’assainissement des eaux sont insuffisants.

« Voilà pourquoi il faut trouver des alternatives aux antibiotiques. Dans mon labo, nous essayons d’axer nos recherches sur l’antivirulence, c’est-à-dire de prioriser des agents qui bloquent la virulence de la bactérie plutôt que de la tuer. Quand les souches de la S. typhi deviendront multirésistantes à l’échelle planétaire, le traitement sera beaucoup plus compliqué et le nombre de cas de mortalité va grimper en flèche. C’est très alarmant. »

 

Mars 2020

Rédaction : Béatrice St-Cyr-Leroux
Photo : Benjamin Seropian


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