Anne-Noël Samaha : démystifier la toxicomanie

Anne-Noël Samaha dans son laboratoire du pavillon Roger-Gaudry

Anne-Noël Samaha, professeure sous octroi agrégée

Quand Anne-Noël Samaha, chercheuse au Département de pharmacologie et physiologie, a appris que « le cerveau n’était pas statique, mais bien plastique », elle savait qu’elle allait se lancer dans une carrière en neurobiologie, l’étude du système nerveux et du comportement humain.

Dès son baccalauréat en biopsychologie, à l’Université Concordia, elle développe un intérêt accru pour les liens entre l’activité du cerveau, les effets psychologiques et les réponses comportementales. Mais dans un domaine bien précis : les drogues.

« Les drogues sont un exemple qui prouve que le cerveau s’adapte à plein de choses, explique la chercheuse d’origine libanaise. Et que toutes les expériences qu’on aura laisseront des traces dans le cerveau. Pour moi, une des expériences les plus intéressantes est celle de la consommation de drogues et ses effets sur le cerveau et les comportements. »

Affiliation principale

Département de pharmacologie et physiologie

Lieu de travail

Pavillon Roger-Gaudry de l’Université de Montréal

Disciplines de recherche

  • Neurobiologie de l’addiction
  • Bases neurobiologiques, psychologiques et comportementales de la toxicomanie
  • Comorbidité entre la toxicomanie et la schizophrénie

Après ses études de premier cycle, elle obtient un Ph. D. en biopsychologie à l’Université du Michigan, où elle étudie le développement de l’addiction* et les comportements qui y sont reliés. « J’ai toujours accordé beaucoup d’attention au comportement. C’est bien beau de savoir que telle ou telle chose augmente ou diminue dans le cerveau, mais ce qui m’intéresse c’est de savoir si ça transforme son fonctionnement. »

Toujours portée par sa curiosité pour les fondements de la toxicomanie, Anne-Noël Samaha complète une formation postdoctorale, d’abord à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale à Paris, puis au Centre d’addiction et de santé mentale, à Toronto. C’est là qu’elle appliquera ses connaissances sur les drogues d’abus à l’étude de la schizophrénie.

« Ces deux sujets peuvent sembler non reliés, mais il y a plusieurs liens entre les drogues d’abus, la schizophrénie et les médicaments antipsychotiques. Ces derniers ont comme cible le système dopaminergique du cerveau qui est aussi la cible des drogues d’abus ».

Le système dopaminergique est un système médiateur, composé de neurones et de voies neuronales, qui utilise la dopamine comme molécule ou médiateur du signal pour la transmission des impulsions nerveuses dans la synapse. Un rôle majeur de ce système est de développer la motivation et d’engendrer des comportements adaptés en fonction de l’état physiologique de l’individu face aux changements dans l’environnement.

Le système dopaminergique a un effet complexe sur les fonctions motrices et psychologiques, tout comme les médicaments antipsychotiques.

D’ailleurs, aujourd’hui, madame Samaha et son équipe se penchent aussi sur l’interaction entre les médicaments antipsychotiques et la réponse aux drogues d’abus. « Les personnes qui souffrent de schizophrénie se tournent très souvent vers la drogue. Notre hypothèse : les médicaments antipsychotiques qu’on leur donne induisent des changements dans les systèmes dopaminergiques qui font en sorte que l’individu sera plus sensible aux effets de toutes expériences qui augmentent les taux de dopamine, comme les drogues d’abus. »

Une autre de ses recherches actuelles concerne l’intermittence dans le mode de consommation de drogues et l’augmentation des risques de développer des symptômes d’addiction. « Qu’est-ce qui explique dans le cerveau que la prise intermittente est plus délétère que la prise continue? Pour le savoir, on étudie les systèmes glutamatergiques et dopaminergiques, des systèmes neurochimiques qui régulent l’activité des cellules du cerveau. »

Dans son laboratoire du pavillon Roger-Gaudry, Anne-Noël Samaha évalue également la contribution d’une petite région du cerveau, l’amygdale, dans la réception des signaux qui prédisent les récompenses et guident le comportement.

« Je trouve passionnant d’étudier le domaine de l’addiction et de la motivation, parce que ça nous aide à comprendre comment les récompenses dans l’environnement nous influencent. Et au final, on comprend qu’on est très influencés par notre environnement! »

Si les données qui proviennent du laboratoire d’Anne-Noël Samaha permettent de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau, elles servent également à faire tomber les perceptions sociales et les préjugés associés à la toxicomanie.

Les résultats de ses études montrent que les drogues transforment le cerveau. Et ces changements se produisent dans des régions qui régulent notamment les comportements, le jugement et l’inhibition. La capacité du consommateur à modifier ses actions est donc compromise.

« Les gens qui ont des problèmes de consommation de drogues sont souvent vus comme des gens qui se sont eux-mêmes mis dans le pétrin. Mais on ne laisse pas pour compte le fumeur qui a le cancer du poumon ou une personne souffrant d’obésité qui fait de l’hypertension. Un changement de mentalité doit s’opérer. »

Anne-Noël Samaha met au cœur de son travail la passion, la persévérance et la motivation. Elle applique ces mêmes qualités à toutes les sphères de sa vie, que ce soit en sport ou en art, deux passions qui la motivent au quotidien, mais jamais autant que la recherche.

« Sans hésiter, je suis une chercheuse, avant tout. C’est mon cœur qui parle quand je dis ça. »

 

*Notez que le terme « addiction » est préféré à « dépendance » dans ce texte. Une personne qui souffre d’addiction ou de toxicomanie peut aussi présenter des signes de dépendance, mais des signes de dépendance physique ne sont pas obligatoires pour avoir un diagnostic d’addiction.

Mai 2019

Rédaction : Béatrice St-Cyr-Leroux
Photo : Benjamin Seropian


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