May Faraj : femme de science et de cœur

May Faraj dans son laboratoire à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM).

May Faraj, professeure agrégée

Affiliation principale

Département de nutrition

Lieu de travail

Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM)

Disciplines de recherche

  • Mécanismes pouvant mener au développement de maladies cardiométaboliques chez l’humain
  • Interventions nutritionnelles ayant pour but d’inverser les anomalies cardiométaboliques précoces

D’aussi loin qu’elle se souvienne, May Faraj a toujours été fascinée par le fonctionnement des objets qui l’entourent. « Quand j’étais enfant, j’avais l’habitude d’ouvrir et de démonter des montres, juste pour voir comment elles marchaient puis de les réassembler », raconte la directrice de l’unité de recherche en nutrition, lipoprotéines et maladies cardiométaboliques à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM).

Cette curiosité s’est plus tard naturellement tournée vers le corps humain. « Pour quelqu’un qui aime aller dans le détail et qui veut comprendre comment fonctionnent les choses, la biologie et la biochimie n’ont pas de limites sur le plan scientifique. Plus on en sait, plus on réalise à quel point on en sait peu. C’est un monde où les possibilités sont infinies », expose la professeure agrégée au Département de nutrition de l’Université de Montréal.

Née à Damas en Syrie, madame Faraj a passé la majeure partie de son enfance aux Émirats arabes unis. C’est dans ce pays qu’elle amorce sa carrière de diététiste après avoir obtenu deux baccalauréats, l’un en nutrition et l’autre en biologie, à l’Université américaine de Beyrouth, au Liban. En 1996, la future chercheuse s’installe au Québec en compagnie de sa famille et entame une maîtrise en nutrition humaine à l’Université McGill.

Alors qu’elle souhaite se lancer dans des recherches sur le cancer, May Faraj bifurque vers la santé cardiovasculaire après avoir eu un coup de cœur pour une professeure en biochimie, la docteure Katherine Cianflone. « J’ai vu la passion qu’elle avait pour son travail et sa gentillesse, et l’affaire a été réglée. Je n’ai jamais passé d’entrevue pour travailler avec des chercheurs spécialisés en cancer. Je suis restée avec elle », se rappelle celle qui complétera également un doctorat en médecine expérimentale à l’Université McGill, qui lui vaudra de figurer sur la liste d’honneur du doyen, et un postdoctorat en nutrition à l’Université de Montréal.

Dès ses débuts en recherche, madame Faraj jette son dévolu sur les lipoprotéines, substances nées de l’association entre des protéines et des lipides qui assurent le transport de ces dernières dans le sang. Il en existe quatre types, dont les lipoprotéines de basse densité (LDL), qui acheminent le « mauvais cholestérol » vers les cellules.

Durant ses premières années à l’IRCM, la chercheuse fait une surprenante découverte : un haut taux de LDL peut non seulement être une conséquence du diabète, mais aussi en constituer une cause. Elle constate en effet que les LDL, dont le rôle dans le développement des maladies cardiovasculaires est bien connu, peuvent aussi provoquer certaines anomalies dans le métabolisme comme le dysfonctionnement du tissu adipeux blanc.

« Plusieurs facteurs de risque du diabète de type 2, comme la résistance à l’insuline, sont liés au dysfonctionnement du tissu adipeux. Il est très difficile de savoir exactement quelle anomalie vient en premier parce qu’elles s’alimentent les unes et les autres », affirme la chercheuse.

Mais une fois ce cercle vicieux enclenché, les risques de développer le diabète de type 2, la forme la plus répandue de cette maladie chronique, grimpent en flèche. « C’est pourquoi nous explorons l’effet direct des lipoprotéines et d’autres facteurs métaboliques sur la fonction du tissu adipeux humain obtenu par biopsie », ajoute-t-elle. Cette méthode ex vivo combinée à la recherche en milieu clinique et en laboratoire est, selon la diététiste, unique au pays.

L’objectif de May Faraj est toutefois d’intervenir bien avant l’apparition du diabète. Depuis 2009, elle se penche en effet sur la prévention de cette pathologie par la nutrition et, plus récemment, sur le potentiel des suppléments d’oméga-3. C’est d’ailleurs la possibilité de tuer la maladie dans l’œuf par une intervention nutritionnelle qui a d’abord poussé madame Faraj à devenir diététiste.

« La nutrition touche un plus grand nombre de personnes, des personnes qui ne sont pas malades et auprès desquelles on peut faire de la prévention plutôt que de seulement soigner. C’est une science accessible, c’est un traitement accessible. Combien de fois avez-vous entendu dire qu’il faut essayer de faire de l’exercice cinq fois par semaine et de manger beaucoup de fruits et légumes? Rien n’a changé dans ces recommandations depuis des années », souligne la chercheuse qui prêche par l’exemple en cherchant toujours de nouvelles manières de bouger, que ce soit à vélo, à cheval ou encore en bateau-dragon.

Mais il n’y a pas de solution miracle. « La prévention doit être personnalisée », insiste May Faraj. Elle s’explique d’ailleurs mal pourquoi plusieurs études continuent d’être conduites exclusivement auprès de sujets masculins. « Nous savons déjà que le diabète augmente de deux à quatre fois les risques de mourir de complications cardiovasculaires ou de faire un AVC. Et c’est encore pire chez les femmes! », s’indigne la diététiste, qui est également chercheuse principale au Centre de recherche du diabète de Montréal.

Pour ses propres études, elle se fait un point d’honneur de recruter tant des hommes que des femmes. Elle ne cesse par ailleurs de diversifier les groupes à l’étude, tournant également son attention vers des gens qui présentent à la fois un taux normal de LDL et un tissu adipeux dysfonctionnel. « Beaucoup de sujets avec un taux de LDL normal sont à haut risque de développer le diabète, mais personne ne sait pourquoi et personne ne les dépiste », se désole la chercheuse, dont l’un des projets de recherche s’est classé au premier rang au sein du comité nutrition, aliments et santé lors du dernier concours de subventions des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

Malgré les avancées majeures rendues possibles par son travail, la plus grande fierté de May Faraj demeure son équipe, composée d’une infirmière ainsi que d’une poignée d’étudiantes et d’étudiants à la maîtrise et au doctorat. « Il y a des gens qui sont là depuis le début, depuis que j’ai ouvert mon laboratoire, se réjouit-elle. J’aime les voir bâtir leur avenir et grandir sur le plan de la logique et des connaissances. C’est comme une famille. »

En fait, madame Faraj a voulu recréer le même climat de travail que celui qui régnait dans le laboratoire où elle a fait ses études supérieures. « Pour qu’un labo connaisse du succès, l’équipe doit être aussi impliquée que le chercheur principal », fait-elle valoir.

Cet esprit de famille constitue à ses yeux le gage d’un travail de qualité puisque les gens se sentent suffisamment en confiance pour admettre leurs erreurs et les corriger. Selon la diététiste, cette atmosphère de camaraderie touche même les participantes et participants aux études, qui sont nombreuses et nombreux à se porter volontaires projet après projet, et ce, en dépit des procédures invasives qu’elles et ils doivent subir.

« C’est une chose très puissante que de créer du savoir », conclut-elle.

Septembre 2019

Rédaction : Annik Chainey et Roxanne Ocampo Picard
Photo : Bonesso-Dumas


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