Sylvie Hébert : Le son en tête

Sylvie Hébert à la Clinique universitaire en orthophonie et en audiologie.

Sylvie Hébert, professeure titulaire

Argh… Ce sifflement et ce bourdonnement incessant vous agacent, vous aliènent presque. Migraine passagère? Peut-être. À moins que vous ne fassiez partie des 360 000 Canadiens sujets aux acouphènes, ces sons perçus dans les oreilles ou dans la tête en l’absence d’une source sonore externe. Depuis 15 ans, Sylvie Hébert, chercheuse au Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS), s’applique à décrypter les mécanismes de ces bruits fantômes et à évaluer l’efficacité de traitements thérapeutiques destinés à les réduire.

Affiliation principale

École d’orthophonie et d’audiologie

Lieu de travail

Université de Montréal

Disciplines de recherche

  • Perception auditive
  • Musique
  • Psychoacoustique
  • Acouphènes
  • Vieillissement
  • Hyperacousie

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« On sait que les acouphènes sont très liés à la perte auditive, une déficience observée entre autres chez les personnes âgées. Dans les prochaines années, on peut s’attendre avec le vieillissement de la population à une augmentation de la prévalence des acouphènes », explique Sylvie Hébert, également professeure titulaire à l’École d’orthophonie et d’audiologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Bien que l’apparition des acouphènes peut survenir à n’importe quel âge (recrudescence de perte auditive chez les jeunes par exemple) et pourrait devenir une question de santé publique, « les recherches dans ce champ d’expertise restent très peu financées au Canada et à l’international. »

Pas de quoi mettre en berne le dynamisme et la soif de curiosité de cette ex-bachelière en musique (piano) passée par une majeure et un doctorat en psychologie à l’Université de Montréal avant de verser dans l’audiologie. « Un heureux hasard », selon elle.

« Je suis arrivée au BRAMS lors de sa création grâce à mes connaissances musicales. Depuis, je me suis détachée de la musique, puisque j’étudie principalement les acouphènes et les troubles de la perception de l’intensité du son au sein de mon laboratoire d’audition », précise-t-elle.

On sait que les acouphènes sont très liés à la perte auditive, une déficience observée entre autres chez les personnes âgées. Dans les prochaines années, on peut s’attendre avec le vieillissement de la population à une augmentation de la prévalence des acouphènes.

Les clés de la découverte

L’impact de ses recherches sur l’amélioration de la qualité des gens sujets aux acouphènes est une source indéniable de motivation pour elle.

« Notre environnement sonore détermine notre sensibilité auditive. Mais dans quelle(s) structure(s) de notre système auditif se produit cette modulation de sensibilité? », lance Sylvie Hébert.

Basée sur la théorie du gain auditif central, son étude « Bouchons-Générateurs » visait à le déterminer en demandant à un groupe de 30 personnes sans perte auditive de porter pendant une semaine soit des bouchons d’oreille (privation sonore) soit des générateurs de bruits (stimulation sonore). L’équipe de Sylvie Hébert a testé l’audition et la perception sonore de chaque participant avant et après le port de bouchons ou de générateurs de bruit.

Un travail de Titan qu’aucune équipe scientifique n’avait réalisé auparavant. Et pour cause.

Mesurer ce changement de sensibilité depuis la périphérie (canal auditif, cochlée) jusqu’au cortex auditif en passant par le tronc cérébral exige la combinaison d’équipements technologique à la fine pointe (imagerie du cerveau par exemple) et d’une équipe multidisciplinaire d’experts (chercheurs, audiologistes, psychologues, etc.). Un cocktail savant réuni dans l’enceinte unique au monde du BRAMS.

« Pour nos recherches, nous avons développé un outil pour déterminer de façon objective la fréquence et l’amplitude des acouphènes. Cela nous permet de mesurer ou de comparer l’efficacité d’un traitement. » Un aspect clinique que la chercheuse traitera dans sa prochaine étude. Objectif? Réduire les acouphènes chez des personnes atteintes en modifiant leur sensibilité auditive.

« Dans le cas des acouphènes, une composante physiologique (perception du son) et une composante psychologique (état émotionnel; stress par exemple) influent sur le ressenti de l’acouphène. Ces deux facettes sont-elles intimement liées comme c’est le cas dans la perception de la douleur? » En attendant de le découvrir, elle se verrait bien reprendre la pratique du piano.

 

Février 2018

Rédaction : Bruno Geoffroy
Photo : Bonesso-Dumas


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