Claudine Auger : chercheuse dans l’âme

Claudine Auger , professeure agrégée

Affiliation principale

École de réadaptation

Lieu de travail

CRIR — IURDPM

Disciplines de recherche

  • Utilisabilité des technologies de l’information et services de réadaptation pour les personnes avec perte de mobilité et leurs proches aidants
  • Conception et design centré sur l’utilisateur de technologies et son écosystème
  • Technologies de réadaptation et participation sociale
  • Acceptabilité, adaptation transculturelle et développement de mesure des résultats de la réadaptation
  • Vieillissement

Claudine Auger s’est toujours posé beaucoup de questions. « Lorsque j’étais enfant, je m’amusais à recréer des petits laboratoires de recherche dans la maison », se souvient-elle. Il n’est donc pas étonnant qu’une fois devenue grande, Mme Auger se soit lancée dans la recherche quelques mois à peine après avoir obtenu son baccalauréat en ergothérapie à l’Université McGill alors qu’elle travaillait à l’ancien Institut de réadaptation de Montréal. « Une collègue qui quittait son emploi pour aller faire une maîtrise m’a proposé de la remplacer comme assistante de recherche et c’est un peu comme si j’étais tombée dans la potion magique, affirme la professeure agrégée à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal. Pendant quelque temps, j’ai combiné clinique et recherche, et c’était vraiment le meilleur des deux mondes. Mais éventuellement, le besoin de répondre à mes propres questions plutôt qu’à celles d’un autre chercheur s’est imposé et j’ai décidé de faire le saut. »

Alors qu’elle entame sa carrière de chercheuse, Claudine Auger a déjà une question bien précise en tête : évaluer les effets cliniques des programmes d’attribution d’aides techniques en réadaptation. Soutenus par le gouvernement québécois et présents dans toutes les régions du Québec, ces programmes ont la responsabilité d’évaluer les besoins des personnes vivant avec des incapacités et de leur fournir les aides techniques appropriées telles des aides à la communication et des aides à la mobilité, dont des fauteuils roulants manuels et motorisés. « Le Québec est une province exceptionnelle en termes de couverture et d’universalité, indique l’ergothérapeute. Mais ces programmes sont constamment sous pression en raison des restrictions budgétaires et je me disais qu’il fallait, au-delà des coûts, avoir des données probantes montrant l’impact de ces programmes dans la vie des gens qui en bénéficient. » Durant son doctorat, Mme Auger documente les effets de l’attribution du fauteuil roulant motorisé et du quadriporteur sur la qualité de vie et la participation sociale de personnes âgées. « Dans certains cas, l’impact sur le fonctionnement de la personne était tout simplement spectaculaire, révèle-t-elle. Une dame de la Gaspésie, qui avait été confinée à sa chambre pendant deux ou trois ans, m’a raconté qu’elle pouvait maintenant aller voir la mer chaque jour et qu’elle avait recommencé à cueillir des bleuets grâce à son quadriporteur. À mes yeux, cet exemple est la preuve que les programmes d’attribution québécois sont un modèle à suivre et doivent être maintenus parce qu’ils redonnent un sens à la vie des gens. »

… éventuellement, le besoin de répondre à mes propres questions plutôt qu’à celles d’un autre chercheur s’est imposé et j’ai décidé de faire le saut. 

Si la chercheuse tombe sur des histoires extraordinaires, elle découvre aussi que la formation donnée aux aînés qui reçoivent une aide à la mobilité n’est pas très poussée, ce qui débouche parfois sur une sous-utilisation. Pour son postdoctorat, Claudine Auger décide donc de développer un système permettant de faire le suivi après l’attribution d’une aide à la mobilité. « Les usagers devaient répondre à un questionnaire par le biais d’appels automatisés et, si un problème était détecté, une alerte était envoyée au centre de réadaptation qui avait prescrit l’aide à la mobilité », explique-t-elle. Baptisé « MOvIT » (Mobilité optimale via l’information par les technologies), ce projet permet également de collecter des données sur l’impact des aides techniques à la fois pour les cliniciens, les gestionnaires et les chercheurs. Il sera suivi de MovIT+, qui propose le même service que MOvIT, mais avec des outils informatisés plus diversifiés et adaptés aux proches aidants des personnes ayant des limitations sur le plan de la communication ou de la cognition. L’équipe de Mme Auger a aussi répertorié et créé des ressources informatisées pouvant pallier les problèmes dépistés.

Jamais à court de questions, Claudine Auger travaille également sur bien d’autres projets, dont un portant sur les facteurs qui influencent la prise de décision des patients concernant leurs aides techniques et un autre sur le développement de technologies vocales interactives qui tiennent compte des besoins des personnes atteintes de déficiences physiques. « Je collabore avec des chercheurs en robotique de l’École de technologie supérieure et de l’Université de Sherbrooke afin de voir comment l’audition artificielle pourrait être améliorée pour comprendre la parole des gens qui ont de la difficulté à articuler ou dont la voix se fatigue », résume-t-elle à propos du second projet. Ce dernier se décline en plusieurs volets, y compris la création d’un système de reconnaissance vocale intelligent qui s’adapte au niveau de fatigue dans la parole et qui pourrait accompagner les personnes dans la communauté pour qu’elles soient plus facilement comprises. Ce projet fait d’ailleurs un peu figure de prélude aux travaux futurs de l’ergothérapeute qui, après s’être intéressée aux aides à la mobilité, aimerait éventuellement se pencher sur les aides à la communication. « J’ai eu mon premier coup de cœur pour l’ergothérapie avec des personnes limitées sur le plan de la communication et je trouve important d’explorer les technologies émergentes qui pourraient les aider », précise la chercheuse, qui prévoit s’aventurer sur ce nouveau terrain en adoptant la même approche de recherche intersectionnelle, coconstruite avec les différents acteurs et réalisée avec la participation de ses étudiants. « J’aime travailler au sein d’une communauté de recherche où tout le monde se mobilise, où les diverses expertises se complètent », commente Mme Auger.

Même si la retraite n’est pas pour demain, Claudine Auger a déjà un plan bien arrêté pour occuper ses vieux jours. « J’ai récemment appris que les arbres pouvaient communiquer entre eux et ça m’a complètement fascinée. À ma retraite, c’est sûr que je vais m’intéresser à ce genre de recherches. Je suis même prête à le faire bénévolement! », confie en riant la passionnée de botanique et d’expéditions en forêt. Chercheuse un jour, chercheuse toujours.

Décembre 2018

Rédaction : Annik Chainey
Photo : Bonesso-Dumas


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