Jean-Marc Mac-Thiong : homme d’action

Jean-Marc Mac-Thiong au Centre de recherche de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal

Jean-Marc Mac-Thiong, professeur agrégé de clinique

Le Dr Jean-Marc Mac-Thiong aime quand les choses bougent. Au point où, avant de se lancer en médecine et en recherche, il a brièvement songé à opter pour un métier où l’aspect physique occuperait une place prépondérante. « Je cherchais un job d’action, admet en souriant le chirurgien orthopédiste, chercheur au Centre de recherche de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal (CRHSCM) et professeur au Département de chirurgie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Mais après réflexion, j’ai réalisé que, si le côté physique était important pour moi, le côté intellectuel l’était tout autant. Ma profession actuelle m’a permis de trouver l’équilibre entre les deux, la chirurgie comblant mon besoin d’action et la recherche, mon besoin de réfléchir, avec en prime, le côté relationnel avec les patients. »

Affiliation principale

Département de chirurgie

Lieu de travail

CRHSCM

Disciplines de recherche

  • Orthopédie
  • Traumatologie
  • Colonne vertébrale
  • Biomécanique
  • Chirurgie
  • Fractures
  • Moelle épinière
  • Déformations vertébrales
  • Spondylolisthésis
  • Posture

Pourtant, la médecine ne figurait pas sur la liste des possibilités de carrière du Dr Mac-Thiong, lui qui a amorcé son impressionnant parcours académique en complétant un baccalauréat en génie mécanique à la Polytechnique avec l’intention de se diriger en aéronautique, un domaine alors en plein essor. Un cours sur la modélisation biomécanique va toutefois le faire bifurquer sur une voie inattendue. « Après ce séminaire, j’ai décidé de faire mon projet de fin d’études en biomécanique sur un logiciel de suivi de chirurgie, ce qui m’a donné l’occasion d’assister à plusieurs opérations, explique-t-il. C’est aussi à ce moment-là que j’ai fait la rencontre de mon mentor, Hubert Labelle, un spécialiste de la chirurgie de la colonne vertébrale et le chef du service d’orthopédie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, ce qui a été un moment décisif pour moi sur le plan professionnel. »

 

Nous avons établi que, si l’on opérait les patients dans les 24 heures suivant leur blessure, ils s’amélioraient davantage, et ce, tant sur le plan neurologique que fonctionnel.

Décidé à devenir, lui aussi, un chirurgien spécialisé dans les interventions à la colonne vertébrale, le Dr Jean-Marc Mac-Thiong entreprend, une fois son diplôme d’ingénieur mécanique en poche, des études en médecine puis une spécialisation en orthopédie à l’Université de Montréal qui seront suivies d’une surspécialisation en chirurgie du rachis au Twin Cities Spine Center à Minneapolis, aux États-Unis. Parallèlement, il effectue une maîtrise en sciences biomédicales, dans le cadre de laquelle il travaille sur un logiciel permettant de suivre le mouvement du tronc durant les interventions chirurgicales, puis un doctorat, aussi en sciences biomédicales, au cours duquel il s’intéresse à la posture et à l’équilibre des patients atteints de spondylolisthésis, une maladie impliquant le glissement d’une vertèbre qui apparaît surtout durant l’enfance.

Après un passage au CHU Sainte-Justine, le Dr Mac-Thiong va cependant troquer les pathologies de la colonne vertébrale chez les enfants pour les blessures à la moelle épinière chez les adultes grâce à un poste à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal (HSCM). « Quand je suis arrivé là-bas, il n’y avait pas de programme de recherche sur le sujet alors que l’HSCM est le deuxième plus grand centre hospitalier au Canada pour les lésions médullaires et que le potentiel y était énorme », se rappelle le titulaire de la Chaire Medtronic de traumatologie spinale de l’Université de Montréal-HSCM. Quelque 10 ans plus tard, le chirurgien orthopédiste et son équipe travaillent sur plusieurs projets de recherche touchant tant à la chirurgie qu’à la biomécanique.

« Notre projet principal porte sur la prédiction de la récupération chez les patients ayant subi une blessure médullaire et sur les moyens de l’améliorer, révèle le Dr Jean-Marc Mac-Thiong. Par récupération, je veux dire retrouver de la mobilité, de la sensibilité et le contrôle des fonctions éliminatoires, trois points problématiques pour les blessés médullaires. De nombreux paramètres influencent la capacité d’un patient à récupérer, dont la chirurgie et la réadaptation. » C’est toutefois dans le premier domaine que le chercheur et son équipe ont réalisé l’une de leurs découvertes les plus importantes, soit l’impact positif d’une chirurgie précoce sur la récupération des blessés médullaires. « Nous avons établi que, si l’on opérait les patients dans les 24 heures suivant leur blessure, ils s’amélioraient davantage, et ce, tant sur le plan neurologique que fonctionnel. Cette approche permet aussi de diminuer les complications et, par le fait même, la durée de l’hospitalisation et les coûts qui y sont reliés, explique le chercheur-boursier clinicien auprès du Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS). Comme le critère des 24 heures était arbitraire, nous avons par la suite poussé nos travaux un peu plus loin afin de personnaliser le temps approprié pour effectuer la chirurgie, ce dernier variant selon les cas. »

Cette avancée a eu des retombées directes pour les patients du Dr Mac-Thiong. « À mon avis, c’est un exemple concret d’une bonne recherche clinique appliquée parce que ces résultats ont changé ma pratique, précise-t-il. En ce sens, c’est une chance d’être à la fois chercheur et clinicien. » Ces deux volets de son travail, recherche et clinique, se nourrissent d’ailleurs mutuellement. « Le fait d’étudier les facteurs influençant la récupération implique un suivi systématique à long terme des patients par une équipe multidisciplinaire, ce qui est assez unique au Canada, affirme le Dr Jean-Marc Mac-Thiong. En retour, le suivi clinique fournit des données pour soutenir la recherche. » Ce suivi est facilité par le statut de centre spécialisé en lésions médullaires du HSCM, qui assure la cohésion des soins à toutes les étapes du traitement grâce au regroupement des ressources. « Une autre percée que mon équipe et moi avons faite sur le plan de la recherche, c’est de montrer la pertinence de l’existence de centres d’expertise comme le nôtre et de leur effet bénéfique sur la récupération des patients de même que sur la diminution des complications et du séjour à l’hôpital », ajoute le chirurgien orthopédiste, qui travaille aussi au développement de modèles animaux pour reproduire et mieux comprendre les lésions médullaires et de tiges pour fixer plus efficacement les colonnes vertébrales blessées, deux aspects plus mécaniques qui font appel à ses connaissances d’ingénieur.

Homme d’action sur le plan professionnel, le Dr Mac-Thiong l’est aussi dans sa vie personnelle, lui qui pratique le jogging depuis 10 ans et court un ou deux marathons par année. « J’ai toujours fait beaucoup de sport, confie le quadragénaire, qui est père de deux jeunes enfants. Avec l’âge, c’est devenu mon défi d’en perdre le moins possible sur le plan physique. J’espère être encore capable de jouer au hockey avec mon garçon quand j’aurai 60 ans. »

 

Juin 2018

Rédaction : Annik Chainey
Photo : Bonesso-Dumas


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