Shalini Lal : chercheuse de terrain

Shalini Lal, professeure agrégée

Affiliation principale

École de réadaptation

Lieu de travail

Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM)

Disciplines de recherche

Utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication comme outils d’engagement et d’intervention auprès des jeunes et de leur famille pour améliorer l’accès aux soins et leur qualité

D’aussi loin qu’elle se rappelle, Shalini Lal a toujours voulu travailler dans le domaine de la santé. « À l’école primaire, je savais déjà que je souhaitais aider les gens en tant que professionnelle de la santé, et ce, même si j’ignorais à cette époque quel rôle je jouerais exactement », se souvient l’ergothérapeute et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’innovation et les technologies pour les soins en santé mentale des jeunes.

Une expérience de bénévolat dans un hôpital gériatrique à l’adolescence lui permet d’avoir un premier contact avec le milieu de la santé et de découvrir les différentes professions qui y sont rattachées. « J’ai vu que les thérapeutes passaient plus de temps avec les patients que d’autres professionnels et cela m’a plu », raconte madame Lal. C’est toutefois un dépliant sur le programme universitaire d’ergothérapie distribué au cégep qui va la convaincre de s’engager sur cette voie.

« On y demandait notamment “Aimez-vous les activités créatives” et cela m’a attirée, m’a donné l’impression que cette carrière offrait une grande variété de possibilités, ce qui collait à ma personnalité », confie la passionnée d’arts, qui a longtemps étudié le piano et a aussi fait du théâtre.

Dès ses premiers cours au baccalauréat en ergothérapie à l’Université McGill, Shalini Lal réalise qu’elle a une préférence pour les soins en santé mentale, qui se trouvent aux racines mêmes de la discipline. « Au début du XXe siècle, un psychiatre nommé Adolf Meyer en est venu à la conclusion que, pour que les patients se rétablissent, ils devaient s’occuper en effectuant des activités significatives et avoir un certain équilibre dans leur vie », raconte la professeure agrégée à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), qui se dit inspirée par le travail de ce pionnier.

Une fois ses études de premier cycle terminées, madame Lal travaille comme ergothérapeute aux États-Unis pendant quelques années, période durant laquelle elle explore diverses facettes de sa profession et œuvre notamment en santé mentale auprès des enfants et des adolescents. Forte de cette expérience sur le terrain, la future chercheuse décide d’entreprendre des études supérieures, mais cette fois en psychiatrie.

Dans le cadre de sa pratique, Shalini Lal s’était retrouvée aux premières loges pour observer le syndrome dit de la porte tournante. « Les patients sont hospitalisés pour un problème de santé mentale, ils sont stabilisés, ils retournent dans la communauté puis ça recommence », résume-t-elle. Durant sa maîtrise, madame Lal se concentre donc sur le recours à l’intersectorialité, soit la collaboration entre divers secteurs d’une même communauté dans le but d’augmenter les occasions d’emploi pour les personnes atteintes d’un trouble de santé mentale. « Mes études ont toujours été influencées par mon expérience clinique », révèle l’ergothérapeute, qui est à la tête du laboratoire Santé mentale des jeunes et technologies au CRCHUM.

Shalini Lal adopte la même approche pour son doctorat en sciences de la réadaptation à l’Université de la Colombie-Britannique, qu’elle amorce après un retour à la pratique en tant que gestionnaire de cas et coordonnatrice de programmes cliniques auprès de jeunes ayant vécu un premier épisode de psychose. Cette expérience l’amène à étudier le développement de la résilience chez ces jeunes, un segment de la population autour duquel ses projets continuent de graviter à ce jour. « La chose que je trouve vraiment intéressante par rapport à la santé mentale des jeunes, c’est qu’on a la possibilité de changer leur trajectoire par l’intervention précoce », précise-t-elle.

C’est également durant ses études doctorales que Shalini Lal découvre ce qui deviendra l’une de ses principales orientations de recherche : le potentiel des nouvelles technologies comme outils d’engagement et d’intervention. La rencontre d’un jeune de la rue muni d’une tablette électronique est à l’origine de cette révélation. « C’est à ce moment que j’ai commencé à réaliser que la technologie prenait beaucoup de place dans la vie des jeunes. Pourtant, quand j’étais gestionnaire de cas, nous nous en servions qu’en cas d’urgence. »

La chercheuse creuse le sujet durant son postdoctorat à l’Université McGill et constate que les jeunes sont plutôt ouverts à ce que leurs services en santé mentale prennent un virage techno, par exemple en leur envoyant des messages textes pour leur rappeler des rendez-vous ou en leur permettant de communiquer avec leur équipe traitante et de recevoir du soutien de la part de leurs pairs.

Des projets par et pour le milieu

Le souci de consulter les principaux intéressés, que ce soit les cliniciens, les patients ou leurs proches, traverse toute la carrière de Shalini Lal, qui se fait un point d’honneur de prendre part à des projets conçus « par et pour le milieu » avec des applications directes et concrètes. Ses trois principaux projets de recherche illustrent bien cette approche centrée sur la pratique.

Avec HORYZONS-Canada, madame Lal et son équipe s’affairent à adapter au contexte canadien un site web développé en Australie à l’intention des jeunes ayant vécu un premier épisode psychotique. Plutôt que de laisser ces derniers naviguer le web par eux-mêmes à la recherche d’information, cette plateforme sécurisée met à leur disposition des renseignements pertinents et fiables, en plus de leur donner l’occasion d’entrer en contact avec d’autres jeunes dans la même situation. La première phase de ce projet a été financée grâce à la prestigieuse bourse internationale NARSAD Young Investigator Grant que l’ergothérapeute, qui est aussi chercheuse associée à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, a décrochée durant ses études postdoctorales.

Le projet PRISM-ACCESS Esprits ouverts vise pour sa part à développer, à implanter et à évaluer un système d’autoréférence en ligne afin de favoriser un accès rapide et direct aux soins en santé mentale pour les jeunes. « Grâce à ce système, les jeunes ayant des inquiétudes liées à la santé mentale peuvent se référer directement à une équipe locale spécialisée dans le domaine sans passer par leur médecin, au moment où cela leur convient, partout où ils ont accès à Internet, que ce soit par le biais d’un ordinateur, d’un téléphone ou d’une tablette, explique Shalini Lal. Les parents et les intervenants peuvent aussi utiliser le système pour diriger un jeune vers des services en santé mentale. »

Le projet, qui a notamment bénéficié du soutien financier du Programme de partenariats pour l’innovation en cybersanté des Instituts de recherche en santé du Canada, est mené en collaboration avec le réseau pancanadien ACCESS Esprits ouverts, pour lequel madame Lal agit comme cochercheuse principale.

Quant au troisième projet, Télépsy.CHUM, il examine la possibilité d’implanter une plateforme de vidéoconférence dans le cadre des services de psychiatrie auprès des jeunes ayant vécu une première psychose. « On pense souvent que la télésanté s’adresse seulement aux gens qui restent loin des grands centres, qu’elle ne sert qu’à remédier à la distance, mais même en milieu urbain, les jeunes font face à beaucoup de barrières », expose madame Lal.

Si l’ergothérapeute admet que l’aspect collaboratif de ses travaux n’est pas toujours facile à gérer, elle estime que le jeu en vaut la chandelle, car l’idée de réfléchir à ces questions sans donner une voix aux premières personnes concernées est pour elle inconcevable.

« Je ne crois pas qu’il y ait une seule solution pour tout le monde. Il faut passer du temps avec toutes les parties prenantes, que ce soit les patients, leurs proches ou les professionnels de la santé, afin de connaître leur point de vue et de trouver la méthode, l’outil qui leur convient », affirme Shalini Lal.

La chercheuse songe même à profiter de l’année sabbatique qu’elle compte prendre prochainement pour réaliser un documentaire sur la santé mentale. « Je pense qu’un documentaire, s’il est bien fait, peut inciter les gens à passer à l’action et devenir ainsi un autre moyen d’aider les personnes éprouvant des problèmes de santé mentale », conclut-elle.

Octobre 2019

Rédaction : Annik Chainey et Roxanne Ocampo Picard
Photo : Bonesso-Dumas


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