Stefan Parent : la science clairvoyante

stefan-parent-604

Stephan Parent au CHU Sainte-Justine.

Stefan Parent, professeur agrégé

Affiliation principale

Département de chirurgie

Lieu de travail

  • Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Discipline de recherche

  • Scoliose idiopathique
  • Déformations de la colonne vertébrale
  • Imagerie 3D
  • Chirurgie expérimentale
  • Modèle de progression des scolioses idiopathiques

Vitrine des professeurs
Voir le profil

Chirurgien orthopédiste et chercheur au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, le Dr Stefan Parent a eu la piqûre pour le rachis, ou colonne vertébrale, lors d’un stage à Strasbourg pendant sa deuxième année de médecine. « Je suis revenu à Montréal avec cette idée en tête puis j’ai rencontré le Dr Hubert Labelle, qui se spécialise dans le traitement de la scoliose, qui est un peu l’apogée de ce qu’on peut faire en chirurgie de la colonne vertébrale », explique-t-il.

Le jeune médecin a ensuite combiné résidence et doctorat, devenant l’un des premiers à mener de front ces deux projets simultanément. Le Dr Parent se réjouit d’avoir ainsi pavé la voie à d’autres chirurgiens en leur prouvant qu’il était possible, avec une bonne dose d’organisation, de réussir un tel tour de force. Ses études doctorales, qui l’ont amené à passer en revue quelque 5 000 squelettes humains faisant partie des collections de deux musées américains, l’un à Cleveland et l’autre à Washington, lui sont toujours utiles aujourd’hui. Dans le lot, il en a répertorié une trentaine démontrant les différents patrons de déformation possibles du rachis, constituant du même coup une sorte de bibliothèque dont son équipe actuelle se sert encore pour faire de la reconstitution en trois dimensions (3D).

Si je parviens à prédire avec une assez bonne certitude quelle sera la progression de la scoliose, et ce, dès la première visite du patient, je pense que j’aurai accompli quelque chose de bien

stefan-parent-vertical

Le chercheur originaire de la Mauricie a ensuite séjourné à San Diego le temps d’un fellow en sciences biomédicales, avant de s’installer à Paris pour son postdoctorat au laboratoire de biomécanique de l’École Nationale Supérieure d’Arts et Métiers. Là-bas, il a également dirigé la clinique d’orthopédie, d’orthopédie pédiatrique et chirurgie du rachis de l’Hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Ce passage en France lui aura permis de jeter les bases de son principal sujet de recherche, soit la prédiction de la progression d’une scoliose à partir de la reconstruction 3D des vertèbres du patient.

Son laboratoire de chirurgie expérimentale en orthopédie pédiatrique du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine s’affaire d’ailleurs à mettre au point un modèle de prédiction de l’évolution de la scoliose. « Si je parviens à prédire avec une assez bonne certitude quelle sera la progression de la scoliose, et ce, dès la première visite du patient, je pense que j’aurai accompli quelque chose de bien », affirme le Dr Stefan Parent, qui dirige depuis un an l’Unité de chirurgie expérimentale de l’hôpital et qui est professeur adjoint au Département de chirurgie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.
Une telle prédiction aurait plusieurs impacts sur les soins apportés aux personnes atteintes de scoliose, qui touche de 2 à 3 % de la population. « Pour une angulation inférieure à 25-30 degrés, on ne fait pas grand-chose si ce n’est que la surveiller. Entre 25-30 et 45 degrés, on parle de corset et au-delà de 45-50, c’est la chirurgie », précise-t-il, ajoutant qu’environ 70 % des nouveaux patients sont des filles âgées de 10 à 12 ans. La déformation de la colonne progressant tout au long de la croissance, il est souvent difficile, voire impossible, de déterminer dès le diagnostic si la scoliose évoluera vers un stade plus sévère ou non. Parmi les éléments que le Dr Parent tente de prévoir figurent le besoin de recourir à un corset ou celui de passer à la chirurgie. Dans le dernier cas, il veut aussi évaluer s’il est possible de contourner le développement naturel de la scoliose pour redresser la colonne du patient pendant sa croissance.

L’une des pistes de solution pour influencer cette progression a été mise à l’épreuve à l’hiver dernier lors de deux chirurgies, les premières du genre au Québec, qui ont permis d’insérer des implants de modulation de croissance aux patients. « Comme ce sont de jeunes personnes qui ont encore beaucoup de croissance devant elles, nous espérons qu’au terme de ce processus, nous serons en mesure de préserver la flexibilité de la colonne vertébrale au moment de retirer ces implants », mentionne le chercheur, qui est également chef adjoint de l’axe maladies musculosquelettiques et des sciences du mouvement ainsi que titulaire de la Chaire académique de recherche sur les déformations de la colonne Depuy Spine Canada au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.
Parmi les avantages de son métier, le Dr Parent cite les nombreux déplacements à l’étranger pour présenter ses découvertes lors de congrès. Aîné de cinq enfants, dont trois sont aujourd’hui des scientifiques, il souligne que ses frères et sœurs et lui ont pris goût aux voyages très tôt dans leur vie. « Ma mère est Allemande donc nous avons souvent voyagé en Europe pour visiter la famille », indique celui qui est lui-même papa de deux bambins.

 

Octobre 2014
Rédaction : Annik Chainey

Autres portraits de chercheurs

×