Élie Haddad

Une chimiothérapie pré-greffe réduite et individualisée augmente de façon spectaculaire le taux de survie d’un déficit immunitaire rare

La granulomatose septique chronique est un déficit immunitaire rare qui met en jeu le pronostic vital, puisque entre 20 % et 30 % des patients meurent avant l’âge de 20 ans. La greffe de moelle osseuse, seul remède disponible à ce jour, nécessite une chimiothérapie avant la greffe afin d’éviter le rejet du greffon. Toutefois, elle est associée à des risques de complications sévères, comme des lésions du système nerveux central ou de nombreux autres organes et l’infertilité. Des chercheurs de 16 hôpitaux universitaires dans 10 pays dont la Suisse, la Suède et le Canada ont démontré, dans une étude publiée dans The Lancet, que l’administration de cette chimiothérapie pré-greffe à des doses réduites, établies sur mesure pour chaque patient, portait le taux de survie à plus de 90 %. Ce taux de réussite est particulièrement impressionnant, sachant que la plupart des patients ont été greffés avec des donneurs qui ne sont pas de la même famille, une situation dans laquelle le taux de survie est habituellement inférieur à 60 %, au point que de nombreux centres se montrent réticents à envisager la greffe.

Les nourrissons, les enfants, ainsi que les adolescents et les jeunes adultes souffrant d’infections sévères et résistantes ainsi que d’inflammation chronique ont bénéficié de cette approche novatrice. Étant donné que les variations de l’exposition au busulfan, agent utilisé dans la chimiothérapie pré-greffe conventionnelle, et leur impact sur le métabolisme sont plus marqués chez les enfants que chez les adultes, les chercheurs ont estimé impératif de surveiller étroitement les concentrations sanguines du médicament chez ces patients. «Nos 14 enfants ayant reçu cette chimiothérapie ont tous survécu. Ce résultat dépasse de loin nos attentes. Le traitement a pour ainsi dire «vidé» le Québec des enfants atteints de la maladie», a déclaré le co-auteur Elie Haddad, clinicien et chercheur, chef du service d’immunologie au centre hospitalier universitaire mère-enfant CHU Sainte-Justine à Montréal et professeur titulaire au Département de pédiatrie  de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. «Nos enfants et adolescents ont clairement bénéficié d’être inclus dans cette étude clinique multicentrique», a déclaré Pierre Teira, également co-auteur de l’étude, hémato-oncologue dans le Programme de thérapie cellulaire au CHU Sainte-Justine, connu sous le nom de Centre d’excellence national de greffe de moelle osseuse et de sang de cordon et professeur agrégé au Département de pédiatrie de l’Université de Montréal.

«En adaptant les doses de busulfan et en mesurant soigneusement les concentrations du produit pour chaque patient, nous avons atteint un taux de survie de 93 % avec des effets indésirables minimes, indépendamment de l’âge du patient, même chez ceux présentant un mauvais pronostic ou hautement à risque de rejet du greffon et de mortalité», a déclaré Tayfun Güngör, professeur adjoint de greffe pédiatrique de cellule souches à l’Hôpital pour enfants de Zürich, premier auteur de l’étude et chercheur principal. «Deux patients adultes ont engendré des enfants après une greffe réussie, ce qui me laisse espérer que la fertilité serait conservée chez un grand nombre d’enfants et d’adultes traités selon cette approche», a-t-il poursuivi. Jusqu’à présent, on administrait cette chimiothérapie pré-greffe aux patients pour aider leur corps à accepter la greffe. Toutefois, des doses excessives de ces médicaments peuvent nuire aux organes du receveur, tandis que des doses insuffisantes peuvent causer un rejet des cellules souches ainsi greffées.

La granulomatose septique chronique provoque des infections bactériennes et fongiques récurrentes ainsi qu’un état d’inflammation chronique multiviscéral souvent difficiles à traiter et susceptibles d’aboutir à un dysfonctionnement d’organe (comme la vessie, les reins ou le tube digestif) et d’engager le pronostic vital. Jusqu’à un tiers des enfants touchés meurent avant l’âge de 20 ans, et ceux qui survivent jusqu’à l’âge adulte sont souvent handicapés par un dysfonctionnement d’organe et ont une mauvaise qualité de vie.

Les chercheurs ont pour objectif que cette chimiothérapie réduite et taillée sur mesure devienne une pratique courante dans le cadre de la greffe aussi pour d’autres indications.  En effet, les Drs Güngör, Haddad et Teira utilisent déjà ce traitement avec succès dans d’autres déficits immunitaires primitifs et maladies non malignes.

À propos de la publication: L’article intitulé Reduced-intensity conditioning and HLA-matched haematopoietic stem-cell transplantation in patients with chronic granulomatous disease: a prospective multicentre study, a été publié en ligne dans The Lancet le 23 octobre 2013.

ENTREVUES
Des familles et les Drs Elie Haddad et Tayfun Güngör sont disponible pour des entrevues sur demande.

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