Jeûne, perte de poids et diabète

8 novembre 2017

Un grand nombre d’études a déjà montré que la restriction calorique, sans carence nutritionnelle, prolonge la longévité chez plusieurs espèces animales. Le jeûne est une des nombreuses façons de restreindre l’ingestion des calories. On lui prête plusieurs vertus, dont de prolonger la vie, et de diminuer les risques de maladies chroniques telles que le diabète de type 2. Si ces évidences scientifiques ont principalement été démontrées chez l’animal, d’autres preuves restent à faire en ce qui concerne son effet chez l’humain.

Le jeûne intermittent n’a pas de définition officielle. En général, il s’agit de faire abstention ou de limiter de façon volontaire ou non, des apports de nourriture pour des raisons de santé, mais également pour des raisons spirituelles ou autres. La plupart des jeûnes intermittents permettent la consommation de boissons dites non caloriques. Celles-ci incluent bien sûr de l’eau, mais également du thé et du café noirs, ainsi que des bouillons (fait à partir d’eau ou d’os de poulet).

Types de jeûne intermittent

En général, on décrit le jeûne intermittent comme des périodes de jeûne en alternance avec des périodes de consommations alimentaires normales. La durée et la fréquence des jeûnes peuvent varier énormément. Cela peut correspondre à un jeûne aussi court que 12 heures, par exemple de la fin du dernier repas du soir vers les 19 h et jusqu’à 7 h le matin, jusqu’à plusieurs jours dans la durée, et de seulement une fois par année à plusieurs fois par semaine.

Jeûne alternatif : plusieurs auteurs le décrivent comme un jeûne qui consiste à alterner entre les jours d’alimentation sans restriction (ad libitum) et les jours de jeûne, qui dure entre 24 et 36 heures, de une à plusieurs fois par semaine.

Jeûne modifié : jeûne qui consiste à de ne pas manger pendant plusieurs heures, par exemple depuis la veille et jusqu’au repas du soir. Ce jeûne de 12 à 24 heures permet de manger tous les jours, mais avec une restriction calorique d’environ 25 % par rapport à une journée normale. Il est souvent identifié comme le jeûne 5 : 2 (5 jours de consommation normale entrecoupés de 2 jours de jeûne intermittent).

Jeûne avec alimentation limitée dans le temps : tous les aliments d’une journée sont ingérés à l’intérieur d’un temps limité, souvent entre 4 et 8 heures. Cette méthode consiste à omettre un ou deux repas de la journée, par exemple les repas du matin et du milieu de la journée, et ce à tous les jours.

Exemples d’horaires de la prise alimentaire selon les différentes catégories de jeûne

Type de jeûne Jour 1 Jour 2 Jour 3 Jour 4 Jour 5 Jour 6 Jour 7
Modifié

 

Ad lib 25 % de l’énergie Ad lib Ad lib 25 % de l’énergie Ad lib Ad lib
Alternatif

 

Ad lib Jeûne 24 h Ad lib Jeûne 24 h Ad lib Jeûne 24 h Ad lib
ALT* 16-20 h de jeûne et 4-8 h Ad lib 16-20 h de jeûne et 4-8 h Ad lib 16-20 h de jeûne et 4-8 h Ad lib 16-20 h de jeûne et 4-8 h Ad lib 16-20 h de jeûne et 4-8 h Ad lib 16-20 h de jeûne et 4-8 h Ad lib 16-20 h de jeûne et 4-8 h Ad lib

Ad lib : sans restriction               ALT : alimentation limitée dans le temps (time-restricted feeding)

Les jeûnes alternatif et modifié sont ceux associés à davantage de symptômes indésirables; faim, fatigue, nausée, maux de tête, baisses d’énergie. Le jeûne ALT est celui qui engendrerait le moins d’effets secondaires, puisque la personne n’est pas privée pour une longue période de temps.

Effets du jeûne intermittent sur la santé

À travers le temps, les effets de la restriction calorique de manière continue a montré des effets bénéfiques sur la santé, en particulier sur la longévité. Le jeûne étant une forme de restriction calorique, l’application de cette privation de nourriture de manière intermittente pourrait également avoir un effet sur la santé. Si les résultats sont assez significatifs chez les animaux, les travaux menés sur des humains ne sont pas encore suffisamment nombreux. En effet, davantage d’essais cliniques contrôlés et randomisés  sur le jeûne intermittent sont nécessaires pour établir l’efficacité du jeûne dans l’amélioration de la santé générale et la prévention et la gestion des maladies chroniques [1].

Effets du jeûne sur le poids corporel

Il est bien établi qu’une restriction calorique à moyen et à long terme est associée à une perte de poids, et que cette dernière peut être maintenue, dépendamment de la pratique de certaines habitudes alimentaires et du niveau d’activité physique de l’individu. Concernant le jeûne intermittent, les études chez l’humain sont limitées et constituées en général de petits groupes de sujets. Si certaines études montrent que le jeûne intermittent est associé à une perte de poids plus significative (3 à 5 kg après 10 semaines de traitements) versus un régime restrictif continu [2], d’autres études indiquent que les résultats sont comparables entre les deux méthodes, avec des changements similaires dans la composition corporelle et l’activation des mécanismes compensatoires [3]. Finalement, les résultats de ces études suggèrent donc que le jeûne intermittent serait du moins tout aussi efficace que certains régimes restreints en calories comme stratégie de perte de poids.

Effets du jeûne sur le diabète de type 2

Il est bien démontré que la perte de poids améliore le contrôle glycémique chez les personnes atteintes de diabète de type 2. Selon certains chercheurs, le jeûne contribuerait non seulement à une meilleure gestion du poids, mais en diminuant la consommation de repas et collations, protègerait contre l’hypersécrétion de l’insuline et éventuellement contre la résistance à cette hormone. En effet, les résultats montrent un meilleur contrôle glycémique, ainsi qu’une diminution de l’hémoglobine glycolée chez les sujets qui adhèrent au jeûne intermittent [4]. Toutefois, ces résultats bénéfiques sont également observés chez certains sujets qui suivent d’autres types de régimes restreints en énergie. Comme c’est le cas pour la perte de poids, le jeûne intermittent peut donc être envisagé pour les personnes diabétiques dans le but d’une meilleure gestion de la glycémie. Néanmoins, une bonne gestion des médicaments lors du jeûne s’avère cruciale. À ce propos, plusieurs questions restent en suspens. Par exemple, est-ce nécessaire de cesser la prise de médicament pendant la période de jeûne afin d’éviter les épisodes d’hypoglycémie?  En attente d’autres résultats, les experts sont d’accord pour dire qu’une surveillance de la glycémie par un professionnel qualifié est nécessaire durant les jours de jeûne afin d’éviter les écarts de la glycémie. De plus, cette supervision permet un ajustement des dosages individuels de médicaments nécessaires en réponse à la perte de poids [5].

Conclusion

Les études publiées jusqu’à présent semblent indiquer que les diverses méthodes de restriction énergétique peuvent être comparables et ne semblent pas avantager le jeûne intermittent. Si certaines personnes sont plus confortables à pratiquer le jeûne intermittent plutôt qu’une diète restrictive de façon continue, cette méthode peut être une option recommandable dans un contexte de perte de poids, et de traitement du diabète de type 2. Toutefois, en ce qui concerne les personnes diabétiques, ces démarches devraient être pratiquées sous supervision de professionnels qualifiés.

D’autres questions demeurent en suspens. D’une part, les experts ne semblent pas s’entendre sur le type de jeûne à privilégier ainsi que sur la durée et la fréquence idéale à appliquer. Aussi, quelle serait l’alimentation à favoriser durant les périodes hors du jeûne? D’autre part, il ne faut pas négliger le fait qu’il existe des risques pour la santé si la restriction énergétique est trop sévère, que ce soit le jeûne intermittent ou n’importe quelle autre diète restrictive. Ces périodes peuvent mener à une déficience en nutriments, notamment en fibres, ainsi qu’ à un déséquilibre électrolytique [6]. C’est pourquoi des experts recommandent un suivi médical systématique et le déconseillent vivement, quelle que soit sa forme, pour les femmes enceintes ou allaitantes, les adolescents en pleine croissance, les personnes âgées et celles atteintes d’insuffisance hépatique ou rénale.

Il faut également considérer qu’une réduction de la prise énergétique peut déclencher une variété d’adaptations biologiques qui risquent de mener à une reprise du poids [7]. À cet égard, certains  professionnels de la nutrition soulèvent les risques potentiels d’hyperphagie. Entre autres, ils craignent que ce genre de pratique accentue une préoccupation excessive à l‘égard du poids et ainsi contribue au développement de troubles de l’alimentation plus sévères.

 

Marie-Josée LeBlanc, DtP, Ph. D
www.extenso.org

 

Références

[1] Mattson MP et coll. Impact of intermittent fasting on health and disease processes. Aging Res Rev 2016. S1568-1637(16)30251.3

[2] Alhamdan BA et coll. Alternate-day versus daily energy restriction diets: which is more effective for weight loss? A systematic review and meta-analysis. Obes Sci Pract. 2016;2(3):293-302.

[3] Patterson RE et coll. Intermittent fasting and human metabolic health. J Acad Nutr Diet 2015;115(8):1203-1212. Doi.org/10.1016/jand.2016.02.018

[4] Trepanowski JF et coll. «Effect of alternate-day fasting on weight loss, weight maintenance, and cardioprotection among metabolically healthy obese adults: a randomized clinical trial». JAMA Intern Med 2017. doi:10.1001/jamainternmed.2017.0936

[5] Carter C et coll. Intermittent energy restriction in type 2 diabetes: A short discussion of medication management. World J Diabetes. 2016 ; 7(20): 627–630. doi:

[6] Johnstone AM. Fasting – the ultimate diet? Obes Rev. 2007;8:211–222.

[7] Ochner CN et coll. Biological mechanisms that promote weight regain following weight loss in obese humans. Physiol Behav. 2013;120:106–113.