Alimentation : trucs et outils pour réussir son confinement

31 mars 2020

La pandémie actuelle de la COVID-19 perturbe l’entièreté de nos habitudes de vie, de notre socialisation à nos activités sportives, en passant, bien sûr, par notre alimentation. Il n’y a aucun doute, le télétravail, tout comme l’isolement et la fermeture des commerces poussent les mangeurs à revoir leurs habitudes alimentaires.

Marie Marquis, nutritionniste, professeure et directrice du Département de nutrition, nous fournit quelques conseils pour rester sain physiquement, mais aussi sain d’esprit!

Planifier et déléguer

Évidemment, c’est le nerf du confinement.

« Ce n’est pas la force des mangeurs de planifier, en temps de crise comme en temps normal. Mais maintenant plus que jamais, de manière générale, il faut planifier ses repas, au moins une journée complète d’avance pour limiter la multiplication de ses déplacements, à tout le moins. Une journée est déjà un défi pour plusieurs, habitués à décider quelques heures avant le repas. »

Et lorsque madame Marquis parle de planification des repas, c’est autant de décider ce qu’on va manger, que faire les achats et ensuite cuisiner. Comme chacune de ces étapes implique des charges mentales différentes, elle rappelle l’importance de partager les responsabilités entre les membres du logis. « Je recommande que chaque volet soit réparti afin que les actes de décider, acheter et cuisiner ne reposent pas sur les épaules d’une seule personne, surtout quand il y a plusieurs personnes à nourrir. »

Porter attention à nos comportements

En télétravail, s’alimenter devient un événement qui diffère de celui de notre quotidien antérieur. À cet effet, la professeure explique qu’il convient de bien choisir son lieu de travail à la maison et, si possible, d’éviter de s’installer avec une vue directe sur la cuisine. « Il est bien plus facile de céder à la tentation du grignotage quand la nourriture est bien à la vue. Soyons conscients que nos environnements sont déterminants de nos comportements. »

Aussi, comme les repas sont plus souvent pris en l’absence du regard de nos collègues, par exemple, madame Marquis recommande d’être conscient des comportements plus compulsifs et moins habituels liés à l’alimentation, comme fréquemment sauter un repas ou, à l’inverse, décider qu’une rangée de biscuits fait un excellent dîner, sans parler de l’alcool. « Les normes sociales façonnent nos comportements et en l’absence d’autrui, ces comportements peuvent s’installer. »

S’établir une régularité

Le mot d’ordre, aux yeux de Marie Marquis.

« Même si notre horaire est potentiellement chamboulé par le confinement et le télétravail, il est primordial d’établir une régularité dans son alimentation qui ressemble à celle qu’on avait avant. Par exemple, selon mes besoins personnels, ce sera trois repas et une collation en après-midi. »

Selon la nutritionniste, ce geste est important pour les adultes, puisque prendre le temps de se poser pour manger redonne des repères dans le temps, alors que les journées en télétravail peuvent devenir extrêmement chargées. Pour les tout-petits, c’est également très sécurisant de calquer les horaires des services de garde notamment, en termes d’heure et de fréquence des repas et des collations.

Elle ajoute également que, même si le stress peut provoquer une perte d’appétit, il reste important de ne pas sauter de repas, quitte à en prendre des plus petits qui présentent quand même des apports nutritifs de qualité et constituent une bonne source d’énergie.

Autres conseils en vrac

  • De manière occasionnelle, glisser à son menu des aliments qui sont réconfortants. Sans nécessairement être des mets très sucrés, salés ou gras, mais plutôt des repas apaisants que ce soit un potage qui nous rappelle notre enfance ou une tisane bien chaude.
  • Penser à utiliser des plateformes de visioconférence à l’heure des repas pour accompagner ses proches qui mangent seuls.
  • Éviter de se mettre de la pression inutilement quant au niveau des recettes dans cette période parfois bien stressante : cuisiner des aliments connus, faire les choses simplement. Toutefois, pour ceux qui ont le temps et l’envie, rien ne vous empêche de vous lancer dans la concoction de pâtes maison, par exemple!
  • Profiter de cette pause pour faire l’inventaire du congélateur, réfrigérateur et garde-manger : un projet qui peut être intéressant pour les jeunes qui pourront pratiquer leur orthographe et leur vocabulaire. Il est même possible de prendre des photos des intérieurs. En ce moment particulièrement, soyons sensibles au gaspillage alimentaire.
  • Pour les gens vivant dans un contexte de précarité financière : n’hésitez pas à avoir recours aux banques alimentaires du Québec et à consulter la première édition de Viens manger! pour des recettes peu coûteuses, saines et délicieuses.

Marie Marquis déboulonne certains mythes

Nous devons prioriser les conserves

« Nous ne sommes pas en situation où il n’y a plus d’électricité ni d’eau courante, nous ne sommes en aucun cas tenus de manger exclusivement des aliments en conserve, loin de là. On peut encore s’appuyer sur des aliments frais, sinon surgelés. Si vous décidez d’aller vers la conserve, soyez très sensibilisé à la teneur souvent très élevée en sel. »

Je peux manger certains aliments pour prévenir la maladie

« Non. Il n’existe aucun produit alimentaire ou produit de santé naturel en prévention ou en guérison de la COVID-19. Il n’existe aucun produit miracle, aucun supplément de vitamine qui va nous protéger, pas plus qu’il n’existe d’aliments avec des propriétés détoxifiantes. Mangez, mangez varié, c’est tout. »

Il faut faire des réserves, il y aura des pénuries alimentaires

« Je n’ai aucune préoccupation pour le Québec à l’égard des pénuries alimentaires. L’offre et la variété alimentaires sont là, les approvisionnements sont soutenus. Actuellement, nous avons une offre alimentaire que nous avons l’habitude de rencontrer au printemps. L’idée de se faire des réserves c’est beaucoup plus afin de faciliter l’organisation de ses repas, que dans une perspective de stockage et de peur de manque de ressources. »

Rédaction : Béatrice St-Cyr-Leroux