Pour sa 6e édition, l’événement Femmes en sciences de la Faculté de médecine, tenu à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, a réuni un panel de quatre professeures au leadership affirmé ‒ Chantal Bémeur, Frédérique Le Roux, Patricia Conrod et Katherine Frohlich ‒ autour de la thématique «Femmes, science et recherche : passer d’un diagnostic récurrent à l’action».
Nos panélistes ont partagé leur trajectoire de recherche, les défis rencontrés et les actions concrètes à poser, tant au sein des institutions que des organismes subventionnaires, pour faire progresser l’équité en science. En voici un aperçu.

Chantal Bémeur
Vice-doyenne aux sciences de la santé et professeure titulaire au Département de nutrition de la Faculté de médecine, et chercheuse au Centre de recherche du CHUM
Qui est-elle ?
Titulaire d’un doctorat en nutrition de l’UdeM, Chantal Bémeur codirige le laboratoire HépatoNeuro du CRCHUM. Ses recherches, à la fois fondamentales et cliniques, portent sur des pathologies affectant le cerveau et le foie. À titre de vice-doyenne aux sciences de la santé, elle pilote le développement stratégique de ce secteur à la Faculté de médecine, en veillant à la qualité de la formation, au soutien de l’encadrement aux trois cycles, à la modernisation des programmes et à leur arrimage avec les exigences d’agrément.
Elle a dit :
«Je viens d’un milieu où peu de gens ont fréquenté l’université. Ma première mentore a été ma mère, qui m’a transmis la conviction que les études étaient possibles. J’ai toujours voulu devenir professeure. Après un deuxième postdoctorat, j’ai obtenu un poste au Département de nutrition et j’ai monté mon laboratoire au Centre de recherche du CHUM. Le passage de professeure adjointe à agrégée a été une étape stressante, sur le plan professionnel comme personnel. Puis on m’a proposé de diriger le programme de baccalauréat en nutrition. Encouragée par une mentore, j’ai déposé ma demande de titularisation. Entre-temps, je suis devenue vice-doyenne des sciences de la santé. Les formations en leadership et les réseaux de femmes m’ont aidée à prendre confiance. Mon message est simple : oser, s’entraider, demander conseil, et avancer ensemble, femmes et hommes, avec solidarité et confiance.»

Frédérique Le Roux
Professeure titulaire au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie de la Faculté de médecine, titulaire de la Chaire d’excellence de recherche du Canada (CERC) Eco-Evo-Patho des microbes dans la nature, et chercheuse à l’Institut Courtois d’innovation biomédicale.
Qui est-elle ?
Spécialiste en génomique microbienne et en microbiologie environnementale, Frédérique Le Roux s’intéresse aux relations entre microbes, notamment aux mécanismes du parasitisme. Dans le cadre de sa Chaire d’excellence de recherche du Canada, elle explore l’origine, la propagation et l’évolution des gènes de résistance aux antimicrobiens au sein de populations bactériennes naturelles. S’appuyant sur une collection unique de 1200 bactériophages et de 600 hôtes bactériens, isolés et séquencés au fil de ses travaux, elle développe une approche intégrée alliant observation sur le terrain et analyses génétiques en laboratoire.
Elle a dit :
«J’ai grandi au sein d’une famille ouvrière, dans un petit village de Bretagne. Plutôt que d’être une femme, c’est la barrière sociale qui a été le principal frein de ma carrière : ne pas avoir les codes, le langage, l’aisance qui donnent confiance et permettent d’évoluer dans certains milieux. J’ai évolué dans un environnement matriarcal, où les femmes travaillent et élèvent seules leurs enfants. C’est sans doute là que se trouve la clé de ma réussite : la conviction qu’on peut être mère, célibataire et mener une brillante carrière. J’ai intégré ma fille à mon travail, par nécessité : au laboratoire, en conférence, en déplacement. Elle a grandi au cœur de la recherche. Ce que je lui ai transmis : travailler beaucoup, croire en soi, et avancer malgré les obstacles.»

Patricia Conrod
Professeure titulaire au Département de psychiatrie et d’addictologie de la Faculté de médecine, directrice scientifique de l’Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies des IRSC, et chercheuse au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine
Qui est-elle ?
Psychologue clinicienne, Patricia Conrod est reconnue sur la scène internationale pour ses travaux novateurs sur les facteurs de risque neurocognitifs et de personnalité associés à la consommation de substances psychoactives et aux troubles de santé mentale. Ses recherches ont notamment mis en lumière les effets des réseaux sociaux et de la consommation de cannabis sur le développement du cerveau des jeunes et leur santé mentale, contribuant à orienter des politiques de prévention et de sécurité au Canada et à l’international. Elle a également cofondé et codirigé la Stratégie en neurosciences et santé mentale de l’Université de Montréal (SENSUM) ainsi que le Centre IMAGINE du CHU Sainte-Justine.
Elle a dit :
«Je suis issue d’une lignée de femmes résilientes et engagées, et j’ai grandi avec l’exemple de carrières menées avec détermination. Mon parcours en neurosciences et en psychiatrie ‒ des milieux encore largement dominés par les hommes ‒ a été jalonné de recommencements, de déplacements et de freins liés aux normes de genre. À travers ces étapes, j’ai appris l’essentiel : nourrir ma passion pour la science, trouver un équilibre avec la vie personnelle, et rester fière et confiante de ma trajectoire. Je crois que l’excellence finit par ouvrir des espaces où on est reconnue, soutenue et capable d’avancer.»

Katherine Frohlich
Professeure titulaire au Département de médecine sociale et préventive de l’ESPUM, directrice scientifique de l’Institut de la santé publique et des populations (ISPP) des IRSC, et chercheuse associée au CreSP.
Qui est-elle ?
Chercheuse interdisciplinaire, Katherine Frohlich œuvre à la croisée de la promotion de la santé, de l’épidémiologie sociale, de la sociologie et de la géographie de la santé. Financés depuis plus de 20 ans par les IRSC et le CRSH, ses travaux visent à comprendre et à réduire les inégalités sociales de santé chez les jeunes en milieu urbain. Elle est également cotitulaire de la MYRIAGONE Chaire McConnell-Université de Montréal en partenariat jeunesse.
Elle a dit :
«Quand je pense au leadership, ce sont d’abord mes mentors qui me viennent en tête. Des femmes et des hommes. Très tôt, ces personnes ont vu en moi un potentiel que je ne percevais pas encore. Elles m’ont soutenue, encouragée, donné un premier élan. Alors que j’hésitais à accepter un poste de direction, l’une d’elles m’a dit : Tu penses que tu n’es pas assez bonne? Qu’il y a quelqu’un de mieux que toi? C’était exactement ce que je croyais. Ce doute, beaucoup de femmes le portent. C’est un mur invisible qu’on se dresse soi-même. Prendre un rôle de leadership, c’est aussi apprendre à reconnaître ce mur et à le traverser, avec l’appui de mentors qui savent voir plus loin.»
Un bassin de talents malgré des obstacles persistants
À l’animation, la vice-doyenne à la recherche et au développement, Ekat Kritikou, a exposé quelques données clés sur la place des femmes en sciences :
«Les femmes sont nombreuses dans les études universitaires, mais leur représentation diminue à mesure que progresse la carrière scientifique. Ce phénomène ne reflète pas un manque de performance, mais la persistance d’obstacles structurels : responsabilités familiales, plafond de verre et accès inégal aux postes décisionnels. À la Faculté de médecine, plus de 65 % des personnes inscrites aux cycles supérieurs sont des femmes. Pourtant, des écarts importants subsistent dans certains secteurs, notamment en matière d’accès aux rôles de leadership.
D’où l’importance d’agir en amont, en soutenant le leadership féminin par des mesures concrètes, comme le programme facultaire pour la promotion du leadership des femmes en sciences, maintenant à sa deuxième année.
Une plus grande présence des femmes dans des postes de leadership favorise l’intégration des perspectives de genre dans les décisions et les politiques qui façonnent la recherche. Elle permet aussi d’offrir à la prochaine génération de filles et de jeunes femmes des modèles et des mentores diversifiés, dans l’ensemble des secteurs.»
Voici les lauréates 2026 du programme de promotion du leadership des femmes en sciences :
- Dre Mirna Azar, professeure adjointe de clinique au Département de médecine, endocrinologue à l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal et chercheuse au Centre de recherche du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Elle mise sur le développement de compétences en leadership pour transformer des idées en projets concrets ‒ comprendre les structures institutionnelles, rallier les gestionnaires et bâtir des réseaux. Son initiative : la création d’un réseau de formation pour les résidentes et résidents de l’UdeM, déployé sur plusieurs sites.
- Rajae Talbi, professeure adjointe au Département de pharmacologie et physiologie et chercheuse à l’Institut Courtois d’innovation biomédicale. Elle souhaite renforcer un leadership fondé sur la relation humaine, l’intelligence émotionnelle et le mentorat. Son objectif : être à la fois une scientifique rigoureuse, une professeure engagée et une leader inspirante pour la relève.
- Pascale Legault, professeure titulaire et directrice du Département de biochimie et médecine moléculaire et chercheuse à l’Institut Courtois d’innovation biomédicale . Elle mène des travaux de pointe sur la régulation de l’ARN, notamment dans des maladies comme le cancer et le Parkinson, tout en assumant des responsabilités de direction stratégique.
- Danielle Levac, professeure agrégée à l’École de réadaptation, chercheuse et directrice adjointe scientifique du Technopôle en réadaptation pédiatrique du Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine. Elle a mis sur pied une initiative Mastermind réunissant des femmes en recherche au sein de l’École de réadaptation, afin de briser l’isolement, de faire émerger les enjeux communs et de renforcer l’accès le leadership au féminin.
Pour en savoir sur les principes et les actions d’équité, de diversité et d’inclusion (ÉDI) à la Faculté de médecine de l’UdeM, cliquer ici.



