Résistance aux antimicrobiens: agir avant qu’il ne soit trop tard

Le réseau AntiMicrobio Résistance Québec propose de mieux structurer la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, en misant sur la coordination, la surveillance et l’innovation. 

La résistance aux antimicrobiens (RAM) progresse à bas bruit, mais ses effets sont bien réels. Infections plus difficiles à traiter, traitements moins efficaces, coûts en hausse : les impacts touchent à la fois la santé, l’économie et l’environnement. 

Pour la première fois, le réseau AntiMicrobio Résistance Québec (AMRQ) a tenu une journée de concertation réunissant chercheurs académiques, partenaires industriels, acteurs du secteur public et décideurs. L’objectif : structurer un réseau provincial plus intégré pour faire face à cet enjeu.

Deux membres de l’Université de Montréal ont aidé à façonner les objectifs du réseau AMRQ et le programme de la journée de concertation: Isabelle Lacroix, directrice, opérations et stratégie du consortium PandemicStop-AI, une initiative soutenue par la Faculté de Médecine, et Hélène Lardé, professeure adjointe à la Faculté de médecine vétérinaire.

 

Un écosystème riche, mais fragmenté 

Isabelle Lacroix | Photo : LinkedIn

Le constat dressé dans le rapport de l’événement est clair : le Québec dispose d’une expertise solide et de nombreuses initiatives pour lutter contre la RAM. Toutefois, ces efforts demeurent dispersés. Les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale évoluent encore trop souvent en parallèle, ce qui limite la portée des actions. Le rapport plaide ainsi pour l’approche intégrée «Une seule santé ».

 

Une expertise bien ancrée à l’UdeM 

À l’Université de Montréal, la RAM constitue un axe clé de cette approche. Plusieurs équipes y contribuent activement, notamment celle d’Yves Brun, professeur titulaire au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie de la Faculté de médecine et chercheur à l’Institut Courtois d’innovation biomédicale (CI2B), qui développe de nouvelles approches pour découvrir des antibiotiques. Son équipe a récemment obtenu une subvention de 5,3 M$ de la Fondation Gates pour concevoir, à l’aide de l’intelligence artificielle, des antibiotiques ciblant des bactéries particulièrement résistantes.

Ce soutien vient complémenter la subvention de 24 M$ obtenue du Fonds de recherche médicale du Canada pour la création du consortium PandemicStop-AI. Le consortium développe un pipeline de découverte de nouveaux antibiotiques accélérée par l’IA. Ces investissements majeurs illustrent l’établissement d’un écosystème de collaborations structurantes, avec des partenaires comme Mila, l’Institut Pasteur et des acteurs industriels, au croisement de plusieurs initiatives stratégiques en recherche et en préparation aux pandémies. 

 

Une mobilisation déjà en marche 

Hélène Lardé

Isabelle Lacroix et Hélène Lardé, qui siègent sur le comité scientifique de l’AMRQ, ont piloté des sessions en groupe portant respectivement sur le potentiel de l’intelligence artificielle et l’antibiogouvernance, deux dimensions particulièrement pertinentes dans le contexte québécois. Le comité scientifique de l’AMRQ travaille à convertir les recommandations émises lors des discussions en actions concrètes pour un meilleur arrimage des joueurs clés de la RAM au Québec. Ces actions seront à l’ordre de la deuxième édition de la journée de concertation, en cours de préparation.

En parallèle, le réseau a soumis un mémoire au sous-comité de la Chambre des communes sur la RAM. Des échanges ont aussi eu lieu récemment avec le député fédéral Maxime Blanchette-Joncas sur le campus, signe d’un intérêt croissant des instances politiques pour cet enjeu.