Les Chroniques Exlibris – Aux origines de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal

9 janvier 2018

Pour qui veut étudier l’histoire de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, dont l’origine remonte à 1843 avec la création de l’École de médecine et de chirurgie de Montréal, il est nul besoin d’aller plus loin qu’à la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales pour y trouver son compte. Héritière d’une collection de médecine qui trouve sa source dans la première bibliothèque de la faculté vers 1879, elle a au fil du temps accueilli de riches collections sur le sujet qui sont aujourd’hui sans équivalent parmi les bibliothèques universitaires francophones du Québec.

Des imprimés…

En parcourant les collections assemblées par les docteurs Léo Pariseau et Éloi-Philippe Chagnon, vous trouverez ainsi de nombreux imprimés, brochures et périodiques qui retracent le parcours de l’École de médecine et de chirurgie jusqu’à sa fusion complète avec la Faculté de médecine de l’Université de Montréal en 1920. En feuilletant les circulaires de cette école, vous y découvrirez par exemple la liste des élèves inscrits, le prix des cours et leur description, ainsi que les noms de professeurs tels les Munro, Trudel, Coderre, Bibaud et plusieurs autres, qui ont tous contribué à la formation de ces premières générations de médecins canadiens-français au 19e siècle.

Circulaire de l’École de médecine et de chirurgie de Montréal, session 1869-70.

Peut-être aurez-vous remarqué sur l’une des circulaires des années 1860 que l’école se présente comme étant attachée à la Faculté médicale de l’Université de Victoria… en Ontario? C’est qu’à cette époque les écoles privées se doivent d’être affiliées à une université et à un hôpital afin de pouvoir décerner des diplômes de pratique médicale reconnus. Comme une proposition d’affiliation avec l’Université Laval de Québec n’aboutit pas en 1862, c’est l’Université Victoria de Cobourg qui accepte la proposition en 1866. Bien que des plus fructueuses, cette association avec une université anglophone, de surcroît protestante, ne sera pas sans causer quelques maux de tête à cette école évoluant dans un milieu canadien-français catholique. En 1877, la nouvelle Université Laval à Montréal – future Université de Montréal –  souhaite intégrer l’école à sa nouvelle Faculté de médecine, mais une première entente s’avère de courte durée. C’est que ce projet de fusion soulève de véritables passions opposées comme en témoignent les nombreuses publications sur le sujet, telles ces deux brochures aux titres plutôt savoureux : « La trompette de la métempsychose universitaire », par le Dr Noir et « Le dernier chant des serins de Laval », par le Dr Beausoleil. C’est en 1891 que les deux entités fusionnent enfin pour mener en 1920 à la création de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Notre école a jeté de si profondes racines dans le sol canadien qu’elle est devenue un arbre fort sur lequel plusieurs générations sont venues se reposer

– B. Durocher. Discours d’ouverture, session 1880-81

…aux manuscrits

Les collections de la bibliothèque recèlent aussi de nombreux manuscrits d’époque des plus intéressants. Mentionnons d’abord ce petit cahier de notes de l’étudiant Louis-Roi Provost qui assiste à une classe intitulée « Matière médicale par le Dr Codère [sic] » alors qu’il est au « Collège Victoria » en 1871-72. Ce docteur est en fait Joseph Emery-Coderre (1813-1888), un professeur qui fera toute sa carrière à l’École de médecine et de chirurgie de Montréal. La petite histoire raconte que lorsqu’il est jeune étudiant en médecine, il est emprisonné pendant 38 jours lors des Rébellions de 1837-38. Prodiguant de bons soins à ses compagnons d’infortune, il s’attire alors les sympathies du médecin de la prison, le Dr Arnoldi. Quelques années plus tard, c’est le fils Arnoldi, Thomas, qui devint le premier président de l’École de médecine et de chirurgie de Montréal! Qui sait si le père n’est intervenu en sa faveur, car dès 1847 notre Coderre est professeur de matière médicale (science des médicaments) à la toute nouvelle école! Médecin estimé par ses pairs, Coderre sera aussi l’un des fondateurs de l’Association médicale du Canada en 1867, ainsi que de la revue l’Union médicale, un périodique qui sera pendant près de 120 ans la principale référence scientifique des médecins francophones du Canada.

Publicité du pharmacien Henry R. Gray dans l’Union médicale du Canada, Montréal, 1872.

Au dos du premier numéro de l’Union médicale de 1872, vous découvrirez une publicité pleine page du pharmacien Henry Robert Gray (1838-1908). Pour ceux que cela pourrait intéresser, sachez que la bibliothèque conserve son ordonnancier, un registre de prescriptions médicales en 54 volumes qui a été tenu à la main de 1859 à 1907! Une véritable mine d’or pour qui veut étudier l’histoire de la pharmacie à cette époque!

Enfin, si vous désirez mieux connaître le quotidien de l’un de ces médecins du 19e siècle, pourquoi ne pas consulter le registre de compte du Dr Elphège Adalbert René de Cotret (1861-1937), professeur d’obstétrique à la Faculté de médecine de l’Université Laval de Montréal? Ce registre, qui couvre les années 1888-91, nous apprend que ce spécialiste des accouchements peut aussi vous faire des pansements, des purgations et vous extraire une dent! Fait particulier, il semble à cette époque en coûter souvent moins cher d’accoucher d’un garçon (2 $) que d’une fille (5 $)! Le Dr Cotret y consigne même un arbitrage entre des garçons et des filles au sujet des battements du cœur… pour la modique somme de 1 $

Après ce bref coup d’œil sur le 19e siècle, ne manquez pas la chronique de février qui vous fera découvrir quelques pièces étonnantes de la collection du Dr Jean-Guy Provost sur les chirurgiens de la Nouvelle-France!

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Rédaction : Normand Trudel, bibliothécaire patrimonial

 

 

Photos : Julie Martel