Stage à l’international : l’Équateur pour des étudiants en physiothérapie

10 avril 2018

Depuis 2015, le programme de physiothérapie de l’UdeM offre annuellement un stage clinique dans une région rurale de l’Équateur, et plus précisément dans une école spécialisée, le Centro de educacion Nuestra Señora del Carmen. Le stage est réalisé en collaboration avec l’organisme Terre Sans Frontières dans le cadre d’une mission de coopération internationale. Laurie Bernier-Dionne est l’une des six étudiantes qui a fait ce stage l’an passé et David Gendron partira quant à lui dans quelques semaines. Laurie et David répondent à nos questions sur le stage et sur sa préparation.

Écouter l’entrevue complète :

 

Q. Laurie : Est-ce que tu pourrais nous décrire brièvement le stage et le milieu dans lequel tu es allée et où David se rendra prochainement?

R. : Premièrement le village s’appelle Ricaurte, c’est une toute petite communauté dans la province de Los Rios. Nous sommes appelés à aller dans une école adaptée et qui reçoit des enfants qui ont des déficiences intellectuelles et des déficiences physiques. Le stage consiste à accompagner la physiothérapeute de l’école, à donner les soins avec elle et à enseigner. Dans ce milieu, nous résidions chez les familles de la communauté. Toutes les familles sont très différentes et chacune des six étudiantes a eu des expériences différentes. Je peux donc parler davantage de la mienne. J’étais dans une famille assez spéciale et extraordinaire, j’avais des « frères » vivant avec des handicaps dû à un syndrome génétique. J’étais dans une petite maison qui abritait une grande famille, donc c’était super agréable d’être plongée dans la culture locale dès le début.

Q. David : As-tu des attentes par rapport à ce stage, tant au plan personnel que professionnel?

R. : Personnellement, je ne suis pas quelqu’un qui se fait des attentes particulières face à ce qui s’en vient parce que je ne veux pas être déçu. Si je peux quand même en relever quelques-unes, je m’attends à avoir une belle expérience de stage, surtout que dans le cadre de nos études, nous sommes formés sur plusieurs sujets que l’on va rencontrer là-bas. J’ai également eu de beaux commentaires des autres étudiants qui y sont allés.

Q. Laurie : Avais-tu des attentes similaires ou plus précises? Et comme tu es de retour pourrais-tu nous faire part de ce que tu as retiré de cette expérience?

R. : C’est un peu comme David, moi aussi quand suis partie je n’avais pas trop d’attentes. Je ne savais pas à quoi la physiothérapie allait ressembler là-bas. Donc j’y allais vraiment pour l’expérience. Mon plus grand désir était d’être plongée dans la culture du pays, non pas dans un hôtel comme touriste, mais bien dans une famille et de pouvoir vivre leur quotidien. C’était vraiment ce que je voulais et c’est ce que j’ai le plus apprécié. Au retour, avec du recul, je crois que le stage m’a amené beaucoup de connaissances en physiothérapie, mais vraiment plus en tant que personne, en tant qu’être humain et en termes d’ouverture d’esprit. J’ai l’impression que c’est cela qui me reste le plus, bien que ce soit clair que j’ai pu travailler sur mon expertise et mes connaissances en physiothérapie et plus précisément en pédiatrie.

Q. Laurie : Fallait-il parler espagnol?

R. : Oui, idéalement il faut être assez prêt, car on y est plongé dès le début. De mon côté j’avais une petite base, mais c’était davantage un vocabulaire de touriste. Par contre, cela s’apprend rapidement lorsque l’on est immergé complètement. Les gens sont prêts à aider quand ils voient qu’on essaie d’apprendre. C’est donc évident qu’avoir une bonne base aide, mais dans mon cas, je n’étais pas la meilleure en espagnol, mais je n’ai pas senti que cela m’a mis des bâtons dans les roues.

Q. David : Parles-tu espagnol David?

R. : J’ai suivi des cours d’espagnol pendant 4 ans à la fin du primaire et au début du secondaire, mais depuis, je n’ai pas vraiment reparlé. Je suis toutefois en train de m’y remettre et j’utilise l’application Duolingo pour pratiquer un peu tous les jours. Je ne suis pas inquiet que, rendu là-bas, ce sera assez facile d’apprendre surtout que l’on sera toujours avec des gens qui parlent espagnol, donc je ne serai pas porté à parler en français, sauf peut-être avec les autres étudiants.

Q. Laurie : Peux-tu nous parler d’une journée typique de stage? Traitais-tu seulement les membres de cette famille? Et quels types de pathologie as-tu rencontrés?

R. : C’est une grosse question! Premièrement je vais commencer avec une journée type. Donc nous étions dans des familles et moi je ne traitais pas ma famille. Il s’agissait de mes « frères » et j’agissais comme une « sœur » et non comme physiothérapeute.

Une journée type commençait tôt le matin, il fallait être à l’école entre 6 h 30 et 7 h. J’étais chanceuse, car ma maison se situait à quelques minutes de marche de l’école. Je sortais de mon lit à 6 h 45 et j’étais à l’école à 7 h! Ensuite nous déjeunions tous ensemble et c’était notre petit moment entre stagiaires pour revenir sur notre soirée avec notre accompagnatrice. La nourriture était vraiment bonne! Après on commençait avec un réchauffement dans la grande salle, avec tous les jeunes de l’école, on faisait un entraînement animé sur de la musique. L’activité s’appelait « apprendre en mouvement », c’était vraiment agréable. Elle durait environ 15 minutes et c’est nous qui l’animions. Ensuite les cours commençaient, mais l’horaire n’est pas fixe et c’était merveilleux comme ça. Parfois nous avions une heure de chant non planifiée. Au courant de la matinée, lorsque les cours commençaient, on suivait la physiothérapeute et on allait voir certains jeunes dans les classes et on donnait leur traitement. Ensuite on dînait et en après-midi, nous avions différentes activités. Sur les cinq jours de la semaine, c’était chaque fois un déroulement différent. Le mardi et le jeudi par exemple , on entraînait des jeunes qui faisaient partie de l’équipe paralympique de l’Équateur. Il y avait aussi une piscine et on donnait des cours et de la formation sur la sécurité.

Pour les types de pathologies, c’était différent de ce que j’ai connu au Québec. Par exemple, il y avait beaucoup de cas de microcéphalie et d’hydrocéphalie. Évidemment tout cela amène des problèmes neurologiques et de développement. Il y avait aussi des retards de développement et un peu de troubles de la marche. Mes « frères » avaient le syndrome de Lesch-Nyhan et il y en avait un qui était atteint de trisomie 21.

Q. Laurie : Donc il s’agissait vraiment d’une école et non d’une clinique?

R. : Oui c’est bien une école. La directrice de l’institution est formidable. Elle a ouvert cette école, car dans la communauté, les jeunes handicapés n’étaient pas assez inclus et elle voulait leur offrir une éducation de qualité. Je pense qu’il s’agit de la première école adaptée dans la région. Une orthophoniste y travaille et les cours habituels y sont donnés également. Une physiothérapeute est aussi présente sur place, ce qui fait que les parents peuvent avoir accès à plusieurs services au même endroit pour leurs enfants. Certains enfants voyageaient deux heures en autobus pour s’y rendre chaque jour, matin et soir. C’est donc un concept institutionnel unique à Ricaurte.

Q. David : Aurais-tu une question à poser à Laurie qui te serait venue à l’esprit pendant les discussions?

Q. (de David) : On a parlé de journée type, mais qu’est-ce que tu faisais les soirs et les fins de semaine? Est-ce que vous participiez à des activités?

R. (Laurie) : Ce sont des moments passés avec nos familles, donc ce sont les moments les plus riches. Ça dépend beaucoup de la famille où tu séjournes. C’est sûr que dans ma famille, avec quatre enfants en fauteuil roulant, ça limitait un peu les sorties. J’ai tout de même fait une activité avec toute la famille qui a été très marquante. La famille complète comptait plus d’une dizaine de personnes, donc avec les enfants handicapés en plus, c’était assez difficile de sortir de la ville. Un jour, on s’est rendu à la Guayaquil qui est la grande ville la plus proche à environ 3 heures de route. Ma famille a loué une voiture adaptée pour l’occasion et pour amener tout le monde. C’était beaucoup d’organisation donc j’étais impressionnée. On a pris part à plein d’activités. On est allé voir un parc et une place très connue, et on a fait un tour de bateau. C’était la première fois qu’ils embarquaient sur un bateau. Tout cela pour dire que c’était fascinant, car pour eux, il n’y en avait pas de barrière. Et au cours de la journée, on a même perdu un de mes « frères », celui qui avait une déficience intellectuelle. Après avoir fait appel à la police et après l’avoir cherché, heureusement nous l’avons retrouvé. Bref, c’était toute une sortie!

Q. David : Est-ce que tu penses que ce genre de discussions entre un futur stagiaire et une stagiaire expérimentée c’est utile, pratique ou inspirant?

R. (David) : Je pense que oui! On a des formations, mais on ne sait pas ce qui se passe exactement sur le terrain là-bas. Chacun a aussi son expérience, donc c’est bien qu’une personne qui a fait le stage puisse me partager la sienne. Ça permet d’entendre des choses que l’on ne voit pas dans les formations. Donc je trouve ça vraiment bien et c’est à refaire!

R. (Laurie) : Quand les stagiaires seront dans leur famille, je leur ai proposé de nous écrire si jamais ils ont des inquiétudes. Quand j’y étais, j’ai justement écrit à l’étudiant qui était là avant moi et il m’a confirmé qu’il avait eu les mêmes craintes que moi et qu’il ne fallait pas m’inquiéter. Cela fait donc du bien de parler aux autres étudiants.

En savoir plus

Terre sans Frontières – projet 2017
Québec Sans Frontières
La physiothérapie comme moteur de l’inclusion sociale

Pour toutes questions au sujet de ce stage, vous pouvez communiquer avec Chantal Besner, Directrice de l’enseignement clinique et adjointe académique (programme de physiothérapie)

 

La faculté est toujours à la recherche de stagiaires qui souhaitent partager leur expérience! Contactez Julie Martel, agente de communication.