Nouveau curriculum canadien pour la gestion de la douleur et la prescription des opioïdes

15 avril 2019
La docteure Aline Boulanger, professeure titulaire au Département d’anesthésiologie et de médecine de la douleur de l’Université de Montréal

Développé par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), un nouveau curriculum bilingue en matière de gestion de la douleur non cancéreuse et de prescription d’opioïdes sera appliqué à toutes les facultés de médecine du Canada, dès 2021.

Le document a pour objectif de présenter un ensemble de compétences à intégrer dans les différents programmes prédoctoraux en médecine et postdoctoraux en médecine spécialisée, afin d’assurer la qualité et l’uniformité de la formation des médecins canadiens. Il vise à encadrer précisément la pratique de prescription de médicaments opioïdes dans un contexte de douleur chronique non cancéreuse.

La Faculté de médecine au cœur du projet

Retenu par l’Association des facultés de médecine du Canada (AFMC), le curriculum proposé par l’INSPQ a été développé par un groupe d’experts en santé composé de médecins, de professeurs et de conseillers scientifiques.

La docteure Aline Boulanger, professeure titulaire au Département d’anesthésiologie et de médecine de la douleur de l’Université de Montréal et directrice de la Clinique antidouleur du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), y a activement participé.

« Le curriculum pancanadien a été bâti en extrayant des objectifs de formation du programme de surspécialité en médecine de la douleur offert à l’Université de Montréal, explique la docteure Boulanger qui est aussi la directrice de ce programme accrédité par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. La Faculté de médecine de l’UdeM a une préoccupation et une sensibilisation importantes quant à la gestion des opioïdes et à l’enseignement du traitement de la douleur. C’est pourquoi notre programme a servi de canevas au nouveau curriculum. »

Avec le programme de surspécialisation, mais aussi un diplôme d’étude supérieure (DES) et un microprogramme de 15 crédits en gestion de la douleur chronique, « la Faculté de médecine se positionne comme leader en matière de médecine de la douleur », ajoute le docteur Pierre Beaulieu, directeur du Département d’anesthésiologie et de médecine de la douleur à l’Université de Montréal.

La crise des opioïdes, un problème moderne

La douleur chronique est une maladie en soi qui touche environ une personne sur cinq, soit plus de 7 millions de Canadiens et plus de 1,5 million de Québécois. Elle désigne une douleur qui dure depuis au moins trois mois ou toute douleur récurrente qui apparaît au moins trois fois en trois mois. « La douleur chronique engendre des conséquences néfastes pour le patient comme une perte d’emploi, des troubles du sommeil, de l’apathie, des dépressions, explique le docteur Beaulieu. C’est un cercle vicieux dont il est très difficile de s’extirper. »

Pour soulager cette douleur, les médicaments opioïdes sont communément utilisés, aggravant ainsi le problème de santé publique particulièrement préoccupant qu’est la crise des opioïdes.

Le curriculum s’inscrit dans un contexte où la prescription et la consommation de médicaments opioïdes ont augmenté de façon importante au Québec depuis la fin des années 1990 et le début des années 2000. « C’est la raison pour laquelle il faut mieux enseigner le traitement de la douleur par des façons non narcotiques (réadaptation, psychologie, acupuncture, infiltrations, etc.). Et si nous sommes obligés de prescrire des narcotiques, il faut mieux encadrer les patients, mieux les conseiller et parvenir à identifier ceux qui seraient enclins à faire partie du 5 % qui en font un usage inapproprié », conclut la docteure Boulanger.