Autisme et audition: des pistes pour éclairer un fonctionnement cérébral différent

L’éminent chercheur en autisme Laurent Mottron réunit dans un même cadre théorique les atypies de la perception auditive, de la cognition, de la socialisation et du langage.

Laurent Mottron, professeur titulaire au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal et psychiatre à l’Hôpital en santé mentale Rivière-des-Prairies du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal, voue sa carrière à la compréhension du fonctionnement cognitif des personnes autistes.

Loin d’une vision centrée sur le déficit, ses travaux proposent plutôt de voir l’autisme comme une manière différente de traiter les informations sensorielles et sociales, notamment par la mise en lumière d’un apprentissage non social du langage.

Dans une étude récente menée en collaboration avec Luodi Yu, de l’Université de Guangzhou en Chine, le chercheur vient renforcer cette perspective: chez certains enfants autistes, le cerveau semble particulièrement apte à détecter de très fines variations sonores tout en éprouvant davantage de difficultés à traiter les séquences temporelles inhérentes au langage oral.

 

L’audition sous la loupe

Chez de nombreux jeunes enfants autistes, les premiers signes annonciateurs du trouble sont souvent liés à la perception sonore, indique Laurent Mottron.

«Les parents remarquent parfois que l’enfant ne se retourne pas lorsqu’on l’appelle, au point de croire d’abord à une surdité. Pourtant, les tests auditifs ne révèlent en général rien d’anormal: l’ouïe est intacte, voire fine pour ce qui est des bruits non sociaux. L’enfant entend ainsi très bien, mais semble perdre de l’intérêt pour les stimulus sonores associés à l’univers social et en particulier à la voix humaine», souligne-t-il.